Autour de la Parole

 24 Décembre : Messe de la nuit de Noël
La nativité du Seigneur

HOMÉLIE VEILLÉE DE NOËL 2025
Le cours de l’histoire et les événements qui adviennent dans le monde peuvent éteindre en nous la flamme de la paix, la vertu de l’amour du prochain, la confiance en l’autre, la confiance en Dieu, la confiance en l’humanité que Dieu féconde par sa grâce. 
De nos jours, nous avons de plus en plus tendance à nous replier sur nous-mêmes, exaspérant nos appartenances communautaires, aussi bien en matière de religion qu’en matière de politique. Si d’un côté des tendances de gauche franchissent avec défiances diverses balises, de l’autre les penchants droitistes se radicalisent en idéologies non moins blâmables. Plutôt que le dialogue intelligent, fraternel et bienveillant, beaucoup d’entre nous s’enferment dans la concurrence des extrémismes et des intolérances. Sur les autels de nos diverses idolâtries narcissiques, nous sacrifions allègement des vies humaines. Il nous arrive même de mobiliser le nom de Dieu et certaines ressources de la religion pour justifier les injustices de nos choix égocentriques. Tels sont les bourrasques qui éteignent les cierges baptismaux de l’amour et de la paix que nous avons reçu à notre baptême. Ces vents soufflent dans nos cœurs. Ils nous font ébranler nos familles, nos sociétés, notre monde. Et nous, nous nous adorons nous-mêmes sur les écrans de nos Smartphones et tablettes, sur Snapchat, Tiktok, Facebook, etc. 
La fête de Noël nous donne l’occasion de vivre le bonheur de la communion fraternelle en famille. Elle nous propose le bonheur de l’amour partagé, autour de la table, autour de délicieux plats de notre riche gastronomie, avec l’habileté des chefs étoilés domestiques, autour de souvenirs partagés, d’humour, de facéties, de jeux de société. Noël nous offre la grâce d’un coup de fil passé qui réjouit une personne esseulée. Telle est la magie de Noël, chers amis. Tel est le miracle qui nous est révélé à la crèche. Marie et Joseph se trouvent entourés d’une famille d’amis simplement riches de bienveillance spontané et d’émerveillement : un bœuf, un âne, des brebis, des bergers, et de tous ces santons dont vous achalandez les crèches de vos maison, chargées de traditions familiales et de précieuses transmissions. À la crèche se trouvent rassemblés et réunies des gens de simple condition, qui savent reconnaître Dieu caché en chaque personne, en chaque être. 
Dieu se plaît à se révéler à travers eux. Il se plaît à se révéler à travers nous, à travers moi, ç travers toi. Dieu demeure en toi, mon frère, ma sœur. Dieu t’aime. Dieu nous aime. Alors, ne laisse pas les vents d’égoïsme éteindre les flammes divines en toi : la flamme de la paix, la flamme de l’amour, la flamme de la foi, la flamme de l’espérance. Comme dit saint Augustin, « aime, et fais ce qui te plaît ». C’est Noël : aime. C’est Noël chaque jour : n’oublie jamais d’aimer d’abord. Et ensuite toujours. 
En regardant la crèche, souviens-toi toujours de la force de l’amour. Il fait des miracles. Il rassemble. Il fait communier à la paix. Il nourrit et ravive l’espérance. Il fonde la paix. Aime, mon frère, ma sœur, comme le père nous aime. Aime comme Jésus t’aime. Aime, et fais ce que tu veux, en coopérant à l’œuvre de Dieu. N’oublie jamais que Jésus est le petit enfant de Bethléem qui incarne l’espérance du monde. Il dévoile le visage de Dieu qui est amour infini et inépuisable. Tu es disciple de Jésus : n’oublie jamais de rallumer les flammes auprès des autres A ceux qui ont froid au plus profond d’eux-mêmes, apporte la chaleur de l’amour divin, par ta présence fraternelle, par ton sourire, par un service rendu. À ceux qui, aux périphéries, ont froid parce qu’on leur a ravi leur dignité ou leur goût de la vie, offre la lumière de Noël, l’étoile céleste, l’enfant qui demeure en toi et en qui Dieu se donne à tous. 

P.Edgar Ahanda

 

2ème dimanche de l'Avent, 

Homélie du 6 décembre 2025, par Michel Clincke, prêtre 
 "le loup et l’agneau"
ou quand les plus forts sont au service des plus faibles !
 

D’habitude, dans la liturgie, c’est toujours l’Evangile qui est le point fort de la Parole de Dieu, la 1ère lecture n’étant qu’un contrepoint ! Ce n’est pas le cas avec les textes des dimanches de l’Avent et de  Noël de l’année A : nous lisons au contraire les 5 grands textes (*) d’Espérance et de Salut du prophète Isaïe en 1ères lectures : des textes célèbres pour leur espérance qui préparent et annoncent Noël. N’oublions pas que le nom même du prophète Isaïe est le même que Jésus qui veut dire : « Dieu SAUVE » ! Isaïe est le prophète du salut comme Jésus !
Et le salut annoncé par Isaïe et accompli par Jésus s’incarne avant tout dans l’annonce d’un ENFANT : trois oracles du prophète Isaïe ( 7,11-17 ; 9,2-7 ; et 11,1-16) en retrace la figure qui s’incarnera dans la naissance de  Jésus à Noël.

Regardons comment le prophète Isaïe en ce chapitre 11,1-9 nous en décrit les qualités et les actions.
Tout en se basant sur les anciennes traditions concernant l’intronisation des  rois, le prophète va les retravailler pour envisager un nouveau départ, une nouvelle manière de vivre la royauté.
Attention par notre baptême nous sommes tous des rois mais nous avons à vivre notre pouvoir de roi à la manière dont l’envisagent Isaïe et Jésus !

Un mot d’abord sur le contexte de notre oracle d’Isaïe : La royauté d’Israël a été décapitée : elle est comme un arbre qui a été coupé et brulé dont il ne reste que la souche et les racines. Les machines de guerre de l’Assyrie et de Babylone sont venues à bout des royaumes d’Israël : les 2 capitales Samarie et Jérusalem ont « été dévorées à pleine gueule par ses ennemis » Is 9, 11 ! C’est alors que s’élève cet oracle d’Isaïe pour redonner espérance à son peuple : «  de cette souche va sortir une branche qui donnera de nouveaux fruits ».
Sur cet enfant qui va naître, ce futur roi, reposera d’abord « l’Esprit du Seigneur ». C’est l’Esprit de sagesse et d’intelligence, l’esprit de conseil et de force, l’esprit de connaissance et de  respect de Dieu et sa respiration, son souffle, son esprit sera dans le respect de Dieu.  

La sagesse et l’intelligence sont les qualités essentielles pour juger avec discernement et droiture. Le conseil et la force sont cette aptitude à prendre des décisions et à les appliquer. Mais à ces qualités humaines doivent s’ajouter les qualités  spirituelles : la connaissance et le respect de  Dieu : Connaître et respecter Dieu c’est être en union avec lui, lui être intérieur, avoir une conscience vive de sa présence. Plus aucune qualité guerrière ni dominatrice n’est requise de ce nouveau roi : il n’est plus roi conquérant ni militaire à l’image des  rois du monde !   

Nous avons reçu nous aussi à notre baptême et à notre confirmation ces 6 dons de l’Esprit de Dieu : en sommes-nous les reflets lumineux ? Brillons-nous et notre monde et notre Eglise par notre  sagesse et notre intelligence, la prise de décisions justes, notre vive conscience d’être habités par Dieu ?
De l’acquisition de toutes ces qualités, s’ensuivra le champ d’action du futur roi qui se concentre exclusivement sur un seul aspect : l’instauration de la justice pour les pauvres. On aurait pu imaginer bien d’autres champs d’activités : la prospérité économique, l’accroissement de la richesse, la construction de palais ou de forteresses, eh bien non : l’activité exclusive du futur roi n’a qu’une seule action : « Il jugera les faibles avec justice et il sera juste pour les pauvres de la terre » pas  seulement de son pays mais de toute la terre !
Et l’élimination du mal se fera uniquement par « le souffle de sa bouche » et par « le sceptre de sa parole » et non par «  le sceptre de fer » (Ps 2,9). Ce n’est que par la diplomatie de la parole que les conflits s’arrêteront et non par le sceptre de la guerre !

En ce temps de l’Avent qui est aussi un temps de partage avec les plus défavorisés qui ne goûteront pas aux festins des fêtes de Noël, saurons-nous nous souvenir de cette mission unique du futur roi et de Jésus lui-même « consacré lui-aussi par l’Esprit pour annoncer la bonne nouvelle aux pauvres » Lc 4,18 pour avoir ce souci des plus pauvres et leur ouvrir nos mains et nos cœurs ?
Enfin dernière action qui découle des qualités de ce roi et de son action envers les pauvres de la terre : désarmer la violence des puissants pour les mettre au service des  plus faibles !
 C’est l’objet de cette vision paradisiaque du loup avec l’agneau qui n’est pas à lire comme le rêve d’un âge d’or à venir mais la volonté d’inscrire dès aujourd’hui la fin de la violence non pas dans un autre monde mais dans notre monde renouvelé, non pas dans le ciel à venir mais dans le ciel sur la terre !  

Normalement, dans les autres visions de salut, ce qui est demandé à Dieu c’est de supprimer les ennemis d’Israël comparés à des animaux sauvages et violents. En Lév 26,67 Dieu dit : « Je ferai disparaître du pays les animaux sauvages et vos ennemis tomberont » et Ez 34,28. Ce n’est pas la vision du prophète Isaïe. Le futur roi ne supprimera pas les animaux sauvages et violents symboles des  ennemis d’Israël mais il les convertira par sa parole en animaux domestiqués qui prendront soin des plus faibles de la création.
Isaïe juxtaposent deux catégories : la première : tous les animaux dangereux, violents et menaçants : loup, léopard, lion, ours, vipère et cobra et la deuxième catégorie : tous les êtres animaux et humains faibles et menacés : agneau, chevreau, veau, vache, leurs petits, le petit enfant, le nourrisson, l’enfant juste sevré. Eh bien ces deux mondes là sont invités à se rapprocher les uns des autres comme insiste le texte «  Le loup AVEC l’agneau ; le léopard AVEC le chevreau ; le veau et le lion ENSEMBLE ; la vache et l’ours ENSEMBLE ». Débarrassés de leur sauvagerie, de par la diplomatie de la parole du roi, ces ennemis deviennent des  « citoyens » pacifiques qui cohabitent ensemble, mangent ensemble et jouent ensemble avec les petits, les enfants, les jeunes garçons. Cette vision de salut est une inversion des rapports de  force où les forts deviennent citoyens et protecteurs des faibles.  (**)Voilà la dernière mission du futur roi, de Jésus et de la nôtre : désarmer la violence de nos ennemis, par la sagesse et l’intelligence de nos paroles et de nos actions et mettre au milieu de nous comme le plus grand et le  plus fort : le petit, l’enfant, le plus faible : « Si vous ne devenez pas comme les enfants, vous n’entrerez pas dans le Royaume des cieux » Mt 17 ,3   
                                                                       

(**)  « Ce texte est la fin de la violence des oppresseurs et l’établissement d’une justice qui prend soin des  pauvres et établit la paix. Cette paix n’est pas un tableau naïf  d’une animalité apprivoisée mais une métaphore théologique et politique de la transformation des  relations humaines basées sur la violence pour une justice qui met fin à l’oppression. »  
Extrait de l’excellent article  de Bernd Janowski : «  Der Wolf und das Lamm.
Zum eschatologischen tierfrieden in Jes 11,6-9 Mohr Sicbeck 2011 p.3-18 
Lire aussi dans la même sens 
« Wolf and Lamb as hyperbolic Blessing: reassessing Créational Connecxtions in Isaiah 11,6-8” Par Joshua J. Van EE dans JBL 2018 p.319-33

Homélie du 15 novembre 2025 : la  résistance dans le tragique de l’histoire
(33ème dimanche du temps odinaire)

« Maître, quand cela arrivera-t-il et quel sera le signe que cela va se réaliser ? » 21,7

Cette question sur la fin des temps, sur l’arrivée du royaume de Dieu est posée  trois fois dans cet évangile de  Luc !

3 questions qui portent sur la fin des temps ! 3 réponses données par Jésus : 3 fois où il devra dire que cette question ne l’intéresse pas et qu’il faut penser autrement.
 La première fois, ce sont des pharisiens qui demandent à Jésus :

« Maître, quand le Royaume de Dieu va-t-il venir ? » Luc 17, 20

Jésus leur répond en tournant le dos résolument à toute spéculation apocalyptique et déclare : « On ne peut spéculer sur la venue du Royaume de Dieu. Personne ne pourra dire : « Le voici » ou « Le voilà », car le Royaume de Dieu est au dedans de vous » ! (*)

Les pharisiens posent la question du « Quand », du « moment » de la venue du royaume, Jésus leur répond en parlant d’un lieu. Ce lieu, c’est en fait sa présence à l’intérieur de chacun de nous !
C’est ce que traduit bien ce texte parallèle de l’Evangile selon Marie en 8,15-22 :

«  Veillez à ce que personne ne vous égare en disant : ‘Le voici’ ou ‘Le voilà’ car c’est à l’intérieur de vous qu’est le Fils de l’Homme. Suivez-le. Allez et proclamez l’Evangile du Royaume. »

Le royaume de Dieu attendu s’annonce et se présente dans l’activité même de Jésus. St Luc le redit de façon explicite dans l’épisode où Jésus expulse un démon : «  Moi, dit Jésus, c’est par le doigt de Dieu que j’expulse les démons et alors le Royaume de Dieu arrive jusqu’à vous » Lc 11,20

L’ambition est immense : les exorcismes de Jésus sont les signes de la présence du royaume ! Jésus n’a que faire des apocalypses de la fin des temps. Mais ce qu’il demande à chacun c’est d’intérioriser sa présence, ses paroles et ses actes et de mener sur cette terre le combat qu’il a lui-même mené contre le mal et de le mener jusqu’à l’épuisement de nos forces. Il est donc inutile de faire des prévisions et des spéculations sur l’arrivée du Royaume mais il est important de le faire advenir en nous, parmi nous et par nous !

Et aux disciples qui demanderont à Jésus après sa résurrection, pour la 3ème fois, si le temps est venu pour qu’il rétablisse son royaume, sa réponse sera non moins évidente et ce sera un beau recadrage : «  Ce n’est pas à vous de connaître les temps et les moments que le Père a placés en son pouvoir ; mais vous recevrez une puissance, celle de l’Esprit Saint et vous serez mes témoins à Jérusalem, dans toute la Judée et la Samarie et jusqu’aux extrémités de la terre » Ac 1,7-8. Encore une fois, il est inutile de faire des  spéculations sur l’arrivée du Royaume de Dieu, mais ce qui est important c’est d’être les témoins de la résurrection de Jésus, ici et maintenant, d’inscrire les exigences de l’Evangile au coeur même des instances politiques, sociales et religieuses et ça va prendre beaucoup de temps avant la fin des temps !  

Maintenant, comment Jésus répond à cette question de la fin des temps dans ce grand discours apocalyptique de 38 versets dont nous n’avons lu que les 19 premiers versets ? « Maître, quand cela arrivera-t-il ? »

Encore une fois, Jésus refuse toutes les spéculations sur la fin des temps. Tant que le monde sera monde, création en souffrance de devenir, le mal et la mort seront à l’œuvre, des cyclones et des tornades se déchaîneront avec de plus en plus de violence. Et en pleine COP30 à Belèm, en Amazonie, on mesure les conséquences dramatiques du réchauffement climatique que certains états voyous avec leurs présidents mégalomanes et menteurs osent contester. C’est au cœur de toute cette violence, humaine et cosmique, que Jésus lance ses appels, ses impératifs de mobilisation active : « N’ayez pas peur 21,9; Rendez témoignage 21,13! Redressez-vous et relevez la tête 21,28 ! « Tenez-vous sur vos gardes, Restez éveillés et priez en tout temps 21,36 » ; « c’est par votre endurance que vous obtiendrez la vie » 21,19

L’Apocalypse de Luc est certes, comme toutes les autres apocalypses, un regard critique et dénonciateurs de tous les pouvoirs qui écrasent les libertés, qui humilient les personnes, qui ne règnent que par la peur et le mensonge, mais c’est aussi et surtout, un vibrant appel à la résistance, à la persévérance, à la vie, à rester des êtres libres et debout, des éveilleurs d’espérance, à rester des consciences éclairées et force de propositions.  

L’apocalypse de Luc : c’est le OUI sans condition à la Vie, à tenir bon dans tous les moments difficiles que nous connaissons comme ces 58.000 bénévoles du Secours Catholique qui redonnent un peu de vie à ce million et demi de personnes en difficultés qu’ils reçoivent dans leur permanence. 

L’apocalyptique de  Luc : C’est le mot de Luther qui répondait à ceux qui lui demandait ce qu’il ferait s’il savait que la fin du monde était pour demain : « J’irai dans mon jardin planter un petit pommier ! »

L’apocalyptique de Luc : Ce sont les paroles de Bonhoeffer, pasteur allemand, écrites quelques jours avant d’être exécuté par les nazis :

«  Que Dieu vous donne chaque jour la foi qui tient bon dans le monde, que cette foi en la vie vous aide à aimer cette terre malgré toutes ses détresses. Je crains que les chrétiens qui osent n’avoir qu’un seul pied sur la terre, n’aient aussi qu’un seul pied dans le ciel ! »

Comme Luther, serons-nous les jardiniers défiant les forces chaotiques de notre monde.
Comme Bonhoeffer, marchons-nous bien avec nos deux pieds sur la terre pour avoir nos deux pieds dans le ciel ? Sans être « affairés sans rien faire » pour reprendre aussi la formule incisive de Paul ?
Comme Jésus, avons-nous le courage du témoignage et de l’endurance en  demeurant fermes dans la foi, au long du quotidien ?  
C’est dans cet esprit, que nous recevons maintenant le message du Secours catholique lu par Nicole, une des accueillantes à la permanence du Secours Catholique au 113 Rue Flament Reboux à Lambersart

P. Michel Clincke

(*) l’adverbe rare « entos » : 8 fois dans l’A.T. et 2 fois dans le N.T. peut être traduit de trois manières :
1° « à l’intérieur de » «  au-dedans » Mt 23,26
2° «  au milieu de » « parmi »
3° « dans les mains de »
Les trois sens se complètent : le royaume de Dieu  est dans le cœur de chacun ; dans l’intériorité de chacun ; il est au milieu de nous en la personne de Jésus ; il est à notre portée de le saisir

 

 

Homélie du 8 novembre 2025 : ( Michel Clincke )
la maison de Dieu c’est Jésus, c’est nous !


    Ce n’est pas anodin et même un peu ironique de choisir comme évangile pour la dédicace de la basilique du Latran ( la 1ère église construite à Rome par Constantin en 324 et considérée comme la mère et la tête de toutes les églises de Rome et du monde) de choisir l’évangile de la destruction du temple de Jérusalem et son remplacement par le corps de Jésus et le corps des croyants. 
Constatons d’abord que l’auteur de cet évangile de Jean situe cet épisode des vendeurs chassés du temple non pas à la fin de son évangile comme dans tous les autres évangiles synoptiques mais au tout début de son évangile. Cela en change radicalement le sens.
    Placé à la fin du ministère de Jésus, juste avant sa passion, cet épisode chez les évangiles synoptiques est vu comme une purification du temple dans le but de le restaurer dans sa fonction première de présence de Dieu et de prière mais débarrassé de tous ses aspects mercantiles. Cette action prophétique est dirigée contre le profit économique que le fonctionnement du temple tirait de la piété des fidèles et surtout des plus pauvres obligés de payer des prix surfaits pour leurs colombes (Mt 21,12). Et cette action de provocation sera le prétexte de la mort de Jésus qui va suivre et servira de motif de condamnation de Jésus « Nous l’avons entendu dire : « Moi je détruirai ce temple et en trois jours j’en rebâtirai un autre » Mt 26,61 
    Rien de tel dans l’évangile de Jean. Ici, Jésus ose déclarer purement et simplement la fin du temple et son remplacement par sa propre personne : « Détruisez ce temple et en trois jours je le relèverai et il parlait du temple de son corps ». Non seulement il annonce sa mort et sa Résurrection mais il y a un déplacement et un bouleversement complet du lieu où Dieu réside au milieu des siens. Désormais le sanctuaire du Temple est vide mais Dieu est présent dans le corps vivant, mort et ressuscité de Jésus ». C'est là qu'il faudra à l'avenir le recevoir, le prier, l'aimer, le servir.
    La présence de Dieu n’est plus dans l’enceinte de pierres mais elle est en Jésus lui-même !
Cela a déjà été dit 2 fois dans cet évangile : « le Logos a planté sa tente, s’est installé parmi nous » 1,14. Il n’est pas venu habiter le temple de Jérusalem mais au milieu de l’humanité. Et Jésus dira à Nathanaël en 1,51 : « Vous verrez le ciel ouvert et les anges de Dieu monter et descendre sur le fils de l’homme » faisant allusion au songe de Jacob quand il voit les anges de Dieu monter et descendre sur BETHEL, « la maison de Dieu » en Gn 28,17. Jésus, ici, devient la maison de Dieu, la demeure de Dieu sur terre. Et ce sera confirmé encore lors de la discussion entre Jésus et la samaritaine quand elle lui demandera sur quelle montagne il faut adorer Dieu, celle du mont Garizim à Samarie ou celle de Sion à Jérusalem ? Et Jésus de répondre ; « l’heure vient où ce n’est ni sur cette montagne ni à Jérusalem que vous adorerez le Père mais vous adorerez le Père en esprit et en vérité » 4,19-24.
Jésus, en personne, sera le lieu où les gens adoreront le Père, non plus dans les sacrifices et le temple, mais en esprit et en vérité c’est-à dire par les dons de l’Esprit et par Jésus-lui-même qui est la révélation de Dieu, le chemin, la vérité et la vie.  
Et s’il fallait encore une confirmation claire et nette, l’auteur de l’Apocalypse, de la même école que l’évangile de jean, dira : «  Dans la Jérusalem nouvelle, je n’ai pas vu de temple car son temple c’est le Seigneur Dieu, souverain de l’univers et l’Agneau qui est le Christ » Ap 21,22 
Imaginer une Jérusalem sans Temple c’était impensable pour les Juifs. Par le Christ, Dieu habite au milieu des hommes. Dieu est tout en tous dans ce nouveau peuple de Dieu. Ici, plus besoin de temple, ni d’église, ni d’aucune médiation entre le peuple et Dieu. Le vieux Temple historique de Jérusalem créait une série de différences et de séparations entre Jérusalem comme cité sainte et le reste de la Palestine, entre le temple lui-même et la cité, entre le Saint des Saints et les différents parvis du Temple : un pour les prêtres, un pour les hommes, un pour les femmes, un pour les païens. Puisqu’il n’y a plus de temple dans la nouvelle Jérusalem, toutes ces distinctions et séparations tombent et disparaissent. Disparaît également la distinction entre le sacré et le profane, entre le prêtre et le laïc, entre les chrétiens et les non-chrétiens. Dans la cité sainte, tous sont prêtres, tous voient Dieu, tout est devenu la maison de Dieu, la maison du Père ! 
    Pour St Jean, le corps historique de Jésus fut le lieu de la révélation de la présence de Dieu au milieu des hommes comme le corps historique de ses disciples est devenu le corps de Jésus ressuscité dans l’attente que le monde entier devienne la maison de Dieu ! (*)
C’est vrai qu’il nous faut parfois des lieux de prière, des églises pour nous rassembler, mais elles ne sont plus, en contexte chrétien, des enceintes sacrées qui contiennent en elles-mêmes la présence de Dieu dans lesquelles il faudrait entrer en enlevant nos chaussures.  Comme le dit si bien André Sève, si le Seigneur n’est pas en nous, si nous oublions que c’est nous le corps du Christ, si nous oublions que le corps du Christ c’est tout homme en espérance de vie et de salut, allons chercher un fouet et « enlevons tout cela d’ici » ! 
Notre corps, le Corps de l’Eglise est-il bien le corps lumineux de la présence de     Dieu ?  
Notre corps, le Corps de l’Eglise est-il bien le corps aimant de l’amour de Dieu 
 Notre corps, le Corps de l’Eglise est-il bien le corps priant de la prière de Jésus ?

(*)  L’expression 2 fois répétée en Jn 20,19 et 26 : « Jésus se tient au milieu d’eux » est une reprise d’Ez 37,26-28 qui dit du temple : «  Je mettrai mon sanctuaire au milieu d’eux pour toujours. Ma demeure sera au milieu d’eux » ! De plus, Contrairement à Luc où Jésus montre « ses mains et ses pieds », dans Jean, Jésus « montre ses mains et son côté ouvert » en relation encore avec le Temple dont Ezéchiel dit : « des fleuves d’eau vive couleront du côté du temple » Ez 47,1-12 « De son sein, dit St Jean, couleront des fleuves d’eau vive » Jn 7,38 en relation avec Jn 19,34 qui dit «  de son côté sortit du sang et de l’eau » !  Pour Jean, Jésus est bien le nouveau Temple qui se tient au milieu de ses disciples, la présence de la gloire de Dieu et la source de l’eau vive de l’Esprit !  
 
 
Homélie pour la Toussaint 2025 : « Etre saint : Devenir semblable au Christ » !

    Il faut reconnaître que le mois de novembre nous tourne irrésistiblement vers l’au de-là de nos vies et de notre monde. Et j’ai toujours été sensible au fait que notre plus ancien « CREDO », le symbole des Apôtres, se termine sur ces quatre affirmations hautement positives, sans le moindre soupçon de peur ou de jugement, de purgatoire ou d’enfer.
« Je crois à la communion des saints, au pardon des péchés, à la résurrection de la chair, à la vie éternelle. AMEN » 
    Voilà ce à quoi nous sommes destinés : à la COMMUNION, au PARDON, à la RESURRECTION, à la VIE ETERNELLE !
La Toussaint c’est, dans la lumière de Pâques, la fête de la vision, de la prévision de notre Vie éternelle dont nous essayons de vivre dès ce monde. Longtemps, la Toussaint a été célébrée à la suite de Pâques. Au 5ème siècle, à Rome, elle était célébrée le dimanche après la Pentecôte, comme en Orient, encore aujourd’hui. En 741, cette fête a été transférée au 1er novembre date de la dédicace d’une chapelle « en l’honneur de tous les saints » dans la basilique Saint-Pierre. Et au XIème siècle, on y a adjoint le 2 novembre la « fête de tous les fidèles défunts ». Cela a tiré quelque peu la Toussaint vers la mort en la détournant de la fête de Pâques.
Mais aujourd’hui tout chante le bonheur, la communion, la résurrection, la vie éternelle, la filiation divine auxquels nous sommes destinés mais dont nous jouissons déjà. Restons quelques instants sur cette petite merveille du texte de cette première lettre de saint Jean.
    Sa méditation porte sur cette double tension qui caractérise la vie chrétienne : « nous sommes enfants de Dieu » déjà maintenant, « mais ce que nous serons ne paraît pas encore clairement ». Le projet d’amour de Dieu le Père c’est que nous « soyons appelés enfants de Dieu et nous le sommes. ». « Le Père, dit St Jean, a voulu cela . ». Voilà ce que Dieu veut pour l’humanité. Dans une discussion avec une famille pour préparer les funérailles, le mari qui venait de perdre sa femme me disait : « Je ne sais pas dire cette phrase du Notre Père : que ta volonté soit faite » ! Non, cette prière ce n’est pas un souhait de résignation devant le mal ou la mort qui nous frappe, la volonté de notre Père du ciel c’est « que nous soyons appelés enfants de Dieu et que nous le sommes ». St Jean s’extasie devant tous les dons d’amour du Père à notre égard : « Voyez avec quelle magnificence et de quelle manière inouïe Dieu agit en son amour » ! 
Il nous donne d’être ses enfants (1Jn 3,1),
il nous donne Son Esprit (1Jn 3,24), 
il nous donne la Vie éternelle (1Jn 5,11). 
    Et tout cela nous est donné dès cette terre, ici-bas. Mais l’accomplissement plénier de notre être de fils et filles de Dieu, la perfection de notre vie dans l’Esprit, la plénitude de la Vie éternelle ne trouveront leur achèvement que « lorsque le Fils de Dieu paraîtra.  Alors nous serons semblables à Lui parce que nous le verrons tel qu’il est ». C’est vrai que nous sommes enfants de Dieu sur cette terre, mais nous n’atteindrons notre stature pleine et entière de fils à la ressemblance de Jésus que lorsque nous le verrons face à face, comme Fils de Dieu glorifié et ressuscité. Ce qui ne nous dispense pas tout au long de notre chemin sur terre de tendre à cette ressemblance avec Jésus, le Christ.
    Et tous les saints que nous fêtons aujourd’hui ont essayé de façonner leur vie à la ressemblance de ce Fils de Dieu, ont essayé de refléter dans leur vie la lumière du Ressuscité, ont essayé de vivre l’extraordinaire des exigences des Béatitudes dans l’ordinaire de leur vie.
C’est donc ici et maintenant que commence notre ressemblance au Fils de Dieu, que commence notre sainteté, qui s’épanouira dans le face à face dans la gloire avec le Fils de Dieu.
    Je dirai que cette fête de la Toussaint nous appelle à modeler, à façonner nos visages sur le visage lumineux de Jésus, à refléter sur nos visages, comme dit St Paul, la gloire du Seigneur : « Nous tous, dit-il, à visage découvert, contemplons et reflétons la gloire du Seigneur, de manière à être transfigurés en cette même image, de gloire en gloire, par le Seigneur lui-même qui est Esprit » 2 Cor 3,18  
Essayons de nous dire aujourd’hui en quoi mon visage reflète déjà le visage lumineux de Jésus, chacun et chacune selon ses charismes propres, comme chaque saint et sainte a reflété une facette du visage et des béatitudes du Christ.
Prenons simplement quelques saints des mois d’octobre et de novembre : Thérèse de l’Enfant Jésus toute empreinte de la MISERICORDE de Jésus ; François « le PAUVRE d’Assise » ; Martin le « PACIFIQUE » ; Thérèse d’Avila et Ignace de Loyola les « CŒURS LIMPIDES et transparents à l’amour absolu de Dieu » ; Luc et André les « témoins MARTYRS de l’Evangile du Christ ». 
Dans son magnifique livre : Autrement l’Evangile , paru il y a quelques années, Raphaël Buyse parle de ces saints comme « des papillons du matin de Pâques » qui sont entrés en résistance contre toutes les défigurations de l’Evangile pour jouer l’une ou l’autre de ces béatitudes qu’on ne finira jamais de comprendre.  

    Et moi, quelle page d’Evangile, à la suite de ces saints et saintes de Dieu, à la suite de tous ceux et celles de nos familles dont la vie a rayonné du Christ, suis-je en train d’écrire qui reflète la douceur, le pardon, le service et l’amour du Christ ?
« Lorsque le Fils de Dieu paraîtra, nous serons semblables à Lui parce que nous le verrons tel qu’il est…et St Jean de poursuivre :Si l’amour s’est réalisé en nous, nous serons pleins d’assurance le jour du jugement : comme il est, nous serons en ce monde-là » 1 Jn 4,17
Comme Jésus est, nous serons en ce monde-là.
Comme Jésus est, nous lui serons semblables. 


Homélie pour le 2 novembre : MARTHE :
la porte-parole du kérygme de la communauté johannique


    En ce jour où nous faisons mémoire de  nos défunts, grâce à qui ? Jésus fera sa plus solennelle auto-révélation en disant : «  Moi, je suis la résurrection et la vie ! » Eh bien, c’est une femme, Marthe ! 
Encore une fois, l’auteur de l’Evangile de  Jean va opérer un grand déplacement par rapport à l’Evangile de Luc.
De simple maîtresse de maison qui s’occupe du service dans Luc, elle devient ici la porte-parole du Kérygme de la communauté de  Jean dans le cadre d’un grand dialogue entre Marthe et Jésus comme Jean sait en créer comme avec Nicodème ou la samaritaine. 
    Quand Jésus part pour Béthanie, Lazare est mort et au tombeau. Alors Marthe quitte la maison de deuil et décide d’aller seule et de sa propre autorité au-devant de Jésus et s’engage alors un tête à tête entre Jésus et Marthe, une conversation théologique sur la résurrection qui est le cœur de ce chapitre 11. 
Le dialogue en trois phases s’enclenche sur la parole de Marthe à Jésus :« Seigneur, si tu avais été ici MON FRERE ne serait pas mort » 11,21
Et il se continue sur une DOUBLE CONVICTION introduite chaque fois par le verbe « savoir » :
11,22 : « mais JE SAIS que ce que tu demanderas à Dieu, Dieu te le donnera » : elle sait la relation toute privilégiée qui unit Jésus à Dieu et qui en fait un intercesseur efficace mais elle ne demande pas directement à Jésus de l’aider ni de ressusciter son frère. Elle exprime sa foi en Dieu qui accordera à Jésus tout ce qu’il demandera.  
Et à l’affirmation de Jésus que son frère ressuscitera, elle exprime sa 2ème CONVICTION : « JE SAIS qu’il ressuscitera à la résurrection au dernier jour » 11,24 partageant la croyance des plus pieux parmi les juifs concernant la résurrection finale, à la fin des temps.
    C’est alors que Jésus fait de Marthe la réceptrice de l’une des 7 auto révélations de Jésus dans cet Evangile exprimée avec la formule : « MOI JE SUIS »  qui identifie Jésus à Dieu : « MOI JE SUIS la résurrection et la vie ». La divinité de Jésus est révélée par tous les dons qu’il apporte à l’humanité : l’eau vive, le pain, la lumière et la VIE, la vie plus-que-biologique, par-delà le couloir de la mort corporelle. 
Et à partir de là s’enclenche un nouveau questionnement, non plus sur le savoir théologique mais sur le CROIRE existentiel.
« Celui qui CROIT en moi, dira Jésus, même s’il meurt, vivra.
Et quiconque qui vit et CROIT en moi ne mourra pas pour l’éternité.
CROIS-TU cela ? » Elle lui dit : « OUI, Seigneur, JE CROIS… »
    Ce n’est pas le savoir qui donne la vie, c’est la FOI qui est une remise de soi dans la personne d’un autre, de Jésus qui affirme être « La vie et la résurrection ». C’est la foi qui permet, dès maintenant, l’accès à une vie que, même la mort ne peut atteindre. Autrement dit, l’adhésion à Jésus par la foi permet, dès à présent, une VIE qui dépasse les limites de la mort physique. Jésus ne dit pas que nous n’allons pas mourir. Il dit : «  Celui qui croit en moi ne mourra pas à jamais = ne mourra certainement pas pour toujours » !
« Celui qui croit en moi, avait déjà dit Jésus, a la vie éternelle » Jn 6,47
« Celui qui écoute ma parole a la vie éternelle…il est déjà passé de la mort vers la vie » Jn 5,24
    Notre adhésion à Jésus par la foi fait déjà éclore en nous la VIE ETERNELLE.
Notre écoute de la parole de Jésus nous transporte déjà dans le monde de la vie éternelle en Dieu !  La mort biologique ne pourra rien contre cette vie éternelle : oui, nous allons tous mourir ! Non, nous n’allons pas mourir pour toujours.
La résurrection, pour St Jean, n’est pas seulement ce qui arrive à la fin des temps, c’est une victoire quotidienne de notre amitié et de notre relation avec Jésus sur la force même de la mort. 
« Crois-tu cela ? » demande Jésus à Marthe ?
Alors, Marthe, devant Jésus, en face de Jésus, parole sur parole, va alors proclamer la plus solennelle des professions de foi de tous les Evangiles : « Oui, SEIGNEUR, MOI Je crois fermement (*) que tu es le CHRIST,  je crois que tu es le Fils de Dieu, Celui qui vient dans le monde ».
    Cette profession de foi est une réponse directe à la révélation que Jésus est la résurrection et la vie. Marthe bouscule le savoir que lui donne sa foi juive, l’assurance de la résurrection eschatologique, pour accueillir la révélation que lui fait Jésus d’une vie donnée dès à présent en plénitude en sa personne. C’est le don de la vie non seulement au dernier jour mais même avant dès cette vie «  celui qui vit en moi ne mourra pas pour l’éternité ».  Cette foi s’exprime par l’affirmation vigoureuse d’un « OUI, SEIGNEUR » ! qui sera suivie par la proclamation toute aussi vigoureuse du contenu de sa foi avec quatre titres :
«OUI, SEIGNEUR Je crois que tu es le CHRIST, le FILS DE DIEU, CELUI QUI VIENT DANS LE MONDE ». C’est la confession christologique la plus haute qu’un être humain exprime durant la vie de Jésus ! Et c’est une femme qui la fait ! Marthe !  Plus forte et plus complète qui dépasse de loin toutes les professions de foi des apôtres mâles dans les évangiles y compris Pierre ! 
    En ce jour de mémoire de nos défunts, remercions cette femme Marthe de nous donner de croire que la résurrection n’est pas seulement pour plus tard. Elle commence ici-bas dans notre relation avec Jésus, dans l’accueil de sa parole et la réception de sa présence en nous dans l’eucharistie et surtout dans la pratique de l’amour comme  le  dit si fortement ce même Jean : «  Nous savons que nous sommes passés de la mort dans la vie quand nous aimons nos frères » 1 Jn 3,14


Homélie pour la messe du 14è dimanche du T.O., église Saint-Charles, 05/07/2025

Cher-e-s ami-e-s,

Voilà, les écoles se sont fermées hier pour les grandes vacances, et nous voici tous et toutes entré-e-s dans une période différente : certains -comme ma femme et moi ! – vont prendre un peu de temps ailleurs pour changer d’air et goûter du repos mais, quelle que soit la situation de chacun, la vie de la société change de rythme, et c’est l’occasion de faire le point sur notre vie. Alors, j’ai trouvé que les lectures de cette messe du 14è dimanche nous aident à faire une sorte de bilan spirituel, pour voir où nous nous trouvons dans notre vie et dans notre foi.

La deuxième lecture va bien dans ce sens. Saint Paul s’adresse à la communauté des Galates qu’il a fondée, en leur disant qu’il ne regrette rien de ce qu’il a fait. Ça n’a pas été facile, il a reçu beaucoup de critiques, mais il a fait de son mieux pour être témoin du Christ, et il rappelle d’ailleurs que le chemin du Christ s’est terminé par un chemin de croix. Le Christ n’est pas venu pour imposer des règles et des rites, mais pour nous faire partager la lumière du Père, aussi « ce qui compte, ce n’est pas d’être circoncis ou incirconcis, c’est d’être une création nouvelle ».

Si on remonte à la première lecture, on a déjà, en fait, le même type de raisonnement. Le texte que nous avons lu met en évidence la joie d’une Jérusalem nouvelle : « Oui, dans Jérusalem, vous serez consolés. Vous verrez, votre cœur sera dans l’allégresse ; et vos os revivront comme l’herbe reverdit. Le Seigneur fera connaître sa puissance à ses serviteurs. » Bien-sûr, pour éviter de prendre ces promesses de bonheur comme un rêve, une utopie, il faut mettre le contexte d’un peuple qui revient de l’exil et qui galère pour se reconstruire ; mais la foi dans un Dieu qui ne cherche qu’à partager Sa vie permet de surmonter les difficultés.


On arrive alors à l’évangile de Luc, qui nous montre Jésus en train de désigner ses disciples et de les envoyer en mission : « Parmi les disciples, le Seigneur en désigna encore 72, et il les envoya deux par deux, en avant de lui, en toute ville et localité où lui-même allait se rendre. » C’est là où je vois que Paul a certainement très bien compris les conditions de cet envoi en mission, parce qu’au fond, on n’a pas affaire à des magiciens ou à des hommes extraordinaires qui vont faire des prodiges, mais Jésus leur demande d’aller chez les gens, de partager des choses simples et, en cas de refus, de repartir, avec regret mais sans violence. Cette façon de considérer la mission des chrétiens me fait penser à un texte qu’on appelle « La Lettre à Diognète » et qui date du IIè siècle : « Les chrétiens, écrit l’auteur, ne se distinguent des autres hommes ni par le pays, ni par le langage, ni par les vêtements. Ils n’habitent pas de villes qui leur soient propres, ils ne se servent pas de quelque dialecte extraordinaire, leur genre de vie n’a rien de singulier. » Et c’est là que j’en arrive à nous. Il est certain que notre baptême fait de nous des envoyés, dans notre monde du XXIè siècle. Bien-sûr, chacun a sa place, selon sa situation, selon ses aptitudes. L’envoi de Jésus ne concerne pas que les prêtres -et les diacres- !
(Sur ce point, d’ailleurs, par rapport à cette hiérarchie, il serait peut-être important qu’on s’arrête un jour, pour voir où chacun peut se situer). Mais les conditions de cet envoi sont les mêmes pour tous et toutes : il ne s’agit pas de parcourir les rues en brandissant la Bible et en faisant du bruit, mais de rester auprès de ceux et de celles que la vie nous a permis de rencontrer, en étant le plus possible animé de cette conviction que Dieu veut que toute l’humanité vive pleinement de Son Amour, qu’Il est, comme Jésus l’a dit à Thomas, « le chemin, la vérité, la vie ». 

Alors, cher-e-s ami-e-s, je reviens à l’introduction de mon homélie, où je disais que les lectures de ce dimanche s’accordent bien à ce temps des vacances qui arrive. Oui, comme Isaïe puis comme saint Paul, nous vivons dans un monde entouré de questions, de contestations, d’échecs, de violence ; mais notre foi est comme un feu intérieur qui nous empêche de désespérer, et c’est bien une vraie joie dont Jésus nous demande d’être témoins. Cette joie, n’en faisons pas un étalage qui pourrait être pris comme de la provocation, mais vivons-la dans la proximité de nos rencontres et de nos engagements. 

Je vous souhaite à toutes et à tous un été joyeux. 
Patrice Maincent, diacre 
 
Homélie  du 29 juin 2025 : Prière sur les offrandes
Prière liturgique sur les offrandes

  • Rappelez-vous … ou pas … En décembre 2021, les évêques francophones publiaient, sous la recommandation du Vatican, une nouvelle traduction du Missel Romain, gros livre qui regroupe les prières officielles pour la liturgie. Nouvelle traduction du missel de référence de langue latine.
  • A vrai dire, pas de révolution : « Je confesse à Dieu tout-puissant, je reconnais devant vous, frères et sœurs … » ; « Toi qui enlèves les péchés du monde … » ; « Engendré, non pas créé, consubstantiel au Père … ». Nous reviendrons sur cette dernière formulation pendant l’Avent prochain …
  • Ce matin, je voudrai m’arrêter sur une formule que les évêques français n’ont pas voulu imposer, avec l’accord du pape François lui-même, pour remplacer : « Prions ensemble au moment d’offrir le sacrifice de toute l’Église » - « Pour la gloire de Dieu et le salut du monde ». Peut-être, certains d’entre vous l’ont déjà entendue lors de la prière sur les offrandes. Je cite : « Priez, frères et sœurs : que mon sacrifice, qui est aussi le vôtre, soit agréable à Dieu le Père tout-puissant ». Mots du prêtre. Et l’assemblée de répondre : « Que le Seigneur reçoive de vos mains ce sacrifice à la louange et à la gloire de son nom, pour notre bien et celui de toute l’Église ».
  • J’avoue ne pas être enthousiaste par la formule ! Merci aux évêques français d’avoir permis de continuer de prier avec les autres mots … Cependant, arrêtons-nous un instant sur cette proposition du Missel Romain, directement inspirée de la version latine. Sa signification, ses limites, je crois …
  • « Priez, frères et sœurs : que mon sacrifice, qui est aussi le vôtre, soit agréable à Dieu le Père tout-puissant ».
  • Introduction du prêtre, invitation à la prière après que le pain, le vin ont été déposés sur l’autel : « Priez, frères et sœurs ».
  • Puis rappel que ce qui est vécu à la messe est un « sacrifice ». Aie, le mot est piégé ! Il faut revenir à l’étymologie latine : sacri-fier, ‘sacrum facere’, faire sacré, rendre sacré ; c’est renoncer - parfois plus ou moins facilement, d’où le sens commun de « sacrifice » - c’est renoncer pour offrir, mettre à la disposition du divin. Ce pain, ce vin que nous déposons sur l’autel, fruits de la terre, de la vigne, de la création mais aussi du travail humain, sont donnés, offerts à Dieu ; sont « sacrifiés » au Seigneur, mis à sa disposition.
  • Action du seul prêtre : « Mon sacrifice » ? La formule se poursuit : « … qui est aussi le vôtre ». C’est le « sacrifice de toute l’Eglise » comme le dit l’autre formule, le don de tout le peuple de Dieu !
  • Devait-on préciser que cette « mise à disposition » incluait à la fois l’action du prêtre et celle de l’assemblée ? Au risque de trop les distinguer (« mon sacrifice qui est aussi le vôtre » ? Accueillons positivement ce rappel que c’est ensemble - prêtre et assemblée - que nous mettons à disposition ce pain et ce vin afin que le Seigneur s’en saisisse … « Agréable à Dieu », expression inspirée par un verset de la lettre de Paul aux Romains : « Je vous exhorte donc, frères, par la tendresse de Dieu, à lui présenter votre corps – votre personne tout entière –, en sacrifice vivant, saint, capable de plaire à Dieu : c’est là, pour vous, la juste manière de lui rendre un culte » (chap. 12, 1). Extraordinaire énoncé ! C’est toute notre personne qui est appelée à s’offrir à Dieu, à l’image des animaux qu’on offrait, qu’on immolait au Temple de Jérusalem ! Pensez-y au moment de l’offertoire … 
  • Revenons à notre formule liturgique : « Que le Seigneur reçoive de vos mains ce sacrifice à la louange et à la gloire de son nom, pour notre bien et celui de toute l’Église ». Le risque est grand de surinterpréter le rôle du prêtre. Oui, en tant que prêtre, je préside la prière communautaire. A quel titre ? Là encore, un peu d’étymologie : prêtre, du grec ???????????, qui signifie … ancien. Dans le Nouveau Testament, dans les Actes des Apôtres notamment, on voit Paul, poursuivant plus loin sa mission d’évangélisation, confier à des « anciens », des « presbytres », des « prêtres » la communauté qu’il a fondée … C’est comme « responsable de communauté » que le prêtre préside aux sacrements. Le prêtre n’est aucunement médiateur entre l’assemblée et Dieu ! Le seul médiateur, c’est le Christ ! Responsable de communauté, la mission d’un prêtre est de signifier, rappeler sans cesse - enseigner parfois - que la visée et le don de la foi est Dieu lui-même, « sa louange et sa gloire » ! Et ceci au bénéfice de chacun et de toute l’Eglise !
  • Je m’arrête là. Tout n’est pas dit. Nous prendrons cette formule plusieurs fois de suite lors de nos assemblées … avant de reprendre l’autre. Nous pourrons la discuter encore. Invitez-moi cet été ! Le débat n’est pas exclu dans l’Eglise ! Pendant vos vacances, dans d’autres paroisses, vous ne serez plus surpris?Vivons une Eglise catholique riche de différences ! 
                                                                                           Laurent Dubrulle, curé
 
Homélie pour le 6ème dimanche de Pâques
24  mai 2025 à St Charles  

Ac 15, 1-2 ; 22-29, Ap 21, 10-14 ; 22-23 Jn 14, 23-29

Chers ami(e)s,

Quel commentaire peut-on faire des lectures d’aujourd’hui ? Dans quel sens peut-on les interpréter ? Spontanément, je dirai que j’y ai trouvé une certaine familiarité. J’ai eu le sentiment que deux des trois lectures me rejoignaient assez directement ; elles me semblaient être d’une actualité presqu'immédiate. J’ai trouvé des ressemblances, des rapports avec l’actualité de l’Église et puis aussi l’actualité plus profane, plus laïque, je veux parler de la fête des Mères !

En écoutant la première lecture des Actes des Apôtres, je ne sais pas si vous avez eu la même réaction que moi, mais, personnellement, je ne me suis pas sentie trop dépaysée. On entend parler de conflits, de désaccords, de discussions assez graves dans l’Église, il s’agit de l’Église d’Antioche mais on pourrait aussi bien se trouver dans une paroisse de France ou d’ailleurs, à des milliers de kms de la Syrie romaine, tellement la situation ressemble à ce que nous pouvons connaître dans l’Église, comme si les presque deux mille ans qui nous séparent de la rédaction du texte s’étaient subitement volatilisés. Oui, j’y ai trouvé de la modernité et, en même temps, de l’espérance.

 Revenons brièvement sur le texte. Quel est l’objet du désaccord ? Il s’agit de la circoncision, un rite religieux essentiel dans le judaïsme ; quel est le sens de ce rite ? Du point de vue biblique, la circoncision, c’est le signe de l’alliance entre Dieu et Abraham (Gn 17). Or, dans le récit, on comprend que certains juifs devenus chrétiens, considéraient qu’il fallait être circoncis pour être vraiment sauvé, ce qui laissait entendre que le Christ ne suffisait pas au salut. Ces judéo-chrétiens voulaient donc imposer la circoncision aux pagano-chrétiens, c’est-à-dire les chrétiens d’origine païenne.

Ici, deux remarques me viennent à l’esprit et je vous les partage :

1ère remarque : Les premiers temps de l’Église, autrement dit le passé, un temps révolu, eh bien, ce n’était pas l’âge d’or, ce n’était pas une époque facile, sans difficultés et sans questions comme on serait tenté de le croire. Du reste, Luc, qui est l’auteur des Actes, n’a pas choisi de cacher ni de minimiser les malentendus.

Devant ce conflit autour de la circoncision, l’apôtre Paul ne peut pas envisager de revenir aux anciennes obligations rituelles juives ; selon lui, la circoncision appartient au passé et il n’est pas possible de faire marche arrière. Pour autant, cette question, Paul ne veut pas la trancher seul. La décision est donc prise d’aller à Jérusalem. Autrement dit, en situation de crise, on convoque l’assemblée, on se réunit pour trouver une solution. Eh bien, nous avons ici l’explication simple, claire et historique, de l’expérience de la synodalité dont on a tellement parlé il y a quelque temps, quand le mot -et le processus- étaient encore loin de nous être familiers.

Ma 2nde remarque porte sur la question fondamentale qui est derrière ce désaccord. Si, comme le pensent les judéo-chrétiens, le salut est impossible sans la circoncision, alors comment peut-on être sauvé ? Si c’est impossible d’être sauvé sans la Loi juive, alors on peut se demander à quoi sert la foi ? Pour trouver la solution à la crise, c’est donc de façon collégiale et unanime que la décision de ne pas imposer la circoncision est prise à Jérusalem mais c’est bien l’Esprit saint qui est considéré comme l’inspirateur de cette décision.

Cette situation de conflit est aussi source d’espérance. En effet, sous l’inspiration de l’Esprit et dans son souffle dynamique, depuis plus de 2000 ans, l’Église a dû affronter des conflits de tous genres. Dans ses crises, ses secousses, ses ajustements et ses adaptations parfois difficiles, l’Église est toujours là. En témoigne le nombre croissant de baptêmes. Pour autant, l’Église ne peut pas, l’Église ne doit pas rester aveugle aux « signes des temps » et je me permets d’espérer que Léon XIV, sous la conduite de l’Esprit, rejoindra les intuitions de Jean XXIII, qui, dans les années 60, avait convoqué le concile Vatican II.

De l’Esprit saint, il est encore question dans l’Évangile du jour. L’évangéliste Jean met en scène Jésus qui s’adresse à ses disciples et leur annonce son départ qui est proche. C’est là que m’est venue la ressemblance avec les mères. Pourquoi ? Les paroles que Jésus dit à ses disciples ressemblent à celles qu’une mère adresse à ses enfants pour les rassurer quand elle s’absente. Jésus lui aussi réconforte ses disciples : « Je ne vous laisserai pas orphelins, je viens à vous » Mais de quelle façon vient-il à nous ? Jésus parle de fidélité, il parle même de la double fidélité de Dieu quand lui ne sera plus là. La fidélité absolue et sans réserve de Dieu avec l’envoi du Paraclet, « L’Esprit saint que le Père enverra en mon nom… qui restera avec vous pour toujours ». Mais aussi fidélité de Dieu qui veut et qui vient faire sa demeure en chacun de nous si nous sommes prêts à l’accueillir. 

Or, au moment où Jésus parle de l’envoi de l’Esprit, Jésus a de bonnes raisons de ne pas être serein. C’est un homme qui sait qu’il va vers la torture, vers sa mort et pourtant, cet homme parle de paix. Avant de se retirer de ce monde, il récapitule son enseignement et prépare ses disciples à poursuivre la route sans lui. Pour eux, cette séparation proche est une vraie déchirure. Pourtant, là encore, à la manière de la mère qui sait qu’elle doit laisser sortir le BB qu’elle porte en elle pour qu’il puisse vivre autonome, Jésus lui aussi, n’ignore pas que la séparation va permettre à ses disciples d’accéder à une joie nouvelle avec cette assurance que, malgré son départ, Jésus reste à leurs côtés, -à nos côtés-, lorsque nous cherchons notre chemin. « Je m’en vais et je viens à vous » nous dit-il. Comme la mère rassure et tranquillise ses enfants, comme elle les encourage à grandir, à quitter le nid, Jésus, lui aussi, nous appelle, comme il le fait pour ses disciples, à voler de nos propres ailes, à devenir adultes : «  Je vous laisse la paix, je vous donne ma paix, » nous dit-il ; cette paix qu’il ne nous donne pas à la manière du monde, mais pour « que notre cœur ne se trouble pas », pour que nous accueillions sa paix non pas dans l’insouciance mais dans le tourbillon de nos vies, parfois de nos peurs et de nos angoisses au cœur d’un monde instable et troublé. Comme un lien solide que Jésus nous offre au moment où lui-même connaît les profondeurs de l’angoisse humaine, cette paix qui ne se révolte pas devant nos résistances, attend de nous que nous l’accueillions. Que cette Eucharistie soit pour nous, l’occasion de la recevoir, de la partager, et d’en rendre grâce. AMEN.

  Marie Maincent
 
Homélie pour le deuxième dimanche de Carême, année C (samedi 15 et dimanche 16 mars 2025)

Cher(e)s ami(e)s,
Je suppose que vous êtes d’accord avec moi : cet épisode de la transfiguration de Jésus devant ses disciples est un des plus beaux moments des évangiles : « Pendant qu’il priait, l’aspect de son visage devint autre, et son vêtement devint d’une blancheur éblouissante [...] Restant éveillés, [Pierre et ses compagnons] virent la gloire de Jésus, et les deux hommes [Moïse et Elie] à ses côtés. » Voilà donc les disciples dans la contemplation, dans un moment sublime qui les transporte au-delà de leur simple vie terrestre. Mais, plutôt d’être presque jaloux de la grâce qu’ils ont reçue, nous avons à nous demander si ce n’est pas aussi un appel pour chacun, pour chacune d’entre nous, à qui Dieu nous offre de partager Sa vie, Sa splendeur. Quelle que soit l’histoire de chacun, notre vie n’est-elle pas ponctuée de grands moments, quand par exemple un morceau de musique nous fait frissonner d’émotion, ou quand la qualité d’une rencontre familiale ou amicale nous fait dire que le temps s’arrête ? Il a toujours été difficile de définir ce que nous sommes, ce qu’est un être humain : un corps, un esprit, une âme... Saint Paul s’est beaucoup interrogé sur cette question, par rapport aux philosophes de son époque : tantôt il parle de la chair vouée à la destruction, tantôt du souffle de l’esprit qui nous fait atteindre des réalités supérieures. Dans la deuxième lecture d’aujourd’hui, il parle du Seigneur Jésus Christ, « qui transformera nos pauvres corps à l’image de son corps glorieux, [car] nous avons notre citoyenneté dans les cieux ». Autrement dit, Dieu nous a créés certes avec une dimension physique, mais il a mis aussi en nous une sorte d’aptitude à voir et à vivre plus haut, plus grand, avec une intensité inégalée de lumière, et c’est par cette grâce que nous pouvons le rejoindre. Non pas nous égaler à lui, bien-sûr, mais lui parler, dialoguer avec lui. Personnellement, je définirais notre nature humaine comme « êtres spirituels », et sans doute le meilleur mot français serait celui de « personne ». En tout cas, voilà un niveau que l’Intelligence Artificielle, la fameuse et controversée IA, n’atteindra jamais et ne pourra jamais reproduire...
Puisque je viens d’évoquer avec l’IA une caractéristique de notre moderne, je peux en ajouter une autre : l’appel, je dirais plutôt la publicité, pour la méditation. Cette méditation est souvent associée à des pratiques physiques de style oriental comme le yoga. Les réseaux sociaux mettent en avant cette nécessité de se retirer de temps en temps de la vie trépidante qui mène beaucoup d’entre nous au surmenage. Et là encore, notre foi est concernée, et elle éclaire sans doute  les choses autrement. En fait, si on revient à l’évangile d’aujourd’hui, on voit aussi Pierre dire à Jésus : « Il est bon que nous soyons ici ! Faisons trois tentes », et il exprime par-là le bien qu’il ressent et peut-être une certaine peur de redescendre dans le monde de la vie courante... J’en déduis donc qu’il convient aussi d’équilibrer notre vie de foi, savoir faire la part de l’action et de la méditation. Pour cela, il faut se donner une certaine discipline. La messe est évidemment un temps privilégié de rencontre avec le Seigneur : l’eucharistie nous permet de contempler le don que Dieu nous fait par la vie, la mort et la résurrection de Son Fils. Mais il est sans doute bon de se ménager d’autres moments, qu’on soit seul ou en groupe, pour écouter, comprendre, actualiser la Parole de Dieu et la mettre dans nos vies. L’Eglise a engrangé depuis des siècles de très belles prières, mais ce qui compte c’est aussi la prière de chacun, que l’on doit faire dans un esprit de dialogue - je veux dire pas seulement réciter, pas seulement demander, mais louer, mais écouter aussi. ! Car si dans la prière je parle à Dieu, je dois aussi être dans l’attente de ce que Dieu me dit ! Le pape François l’a écrit d’une façon très claire : « Le fait est que seul le Seigneur nous offre de nous traiter comme un ‘tu’, toujours et à jamais. Accepter son amitié est une affaire de cœur et nous constitue en tant que personnes au sens plein du terme ».
 
Oui, le Seigneur nous parle, nous avons à nous ménager des temps de calme, de repos, pour l’écouter. Le psaume 26 que nous avons chanté dit : « C’est ta face, Seigneur, que je cherche : ne me cache pas ta face ». Disons-nous aussi que le Seigneur peut se révéler, peut nous parler, en passant par un proche, notre conjoint ou notre ami. Mais ce qui nous est rappelé ici en ce temps de Carême où nous essayons faire grandir notre relation à Dieu, ce qui nous est rappelé c’est que la foi est un dialogue, une relation qui donne une dimension supplémentaire à ce que nous vivons ici-bas, et qu’il faut entretenir en équilibrant sa vie entre action et réflexion, entre partage et intériorisation, entre mission et contemplation.
 
 
 
Homélie pour la fête du Baptême du Seigneur
11-12 janvier 2025, année C


Cher[e]s ami[e]s,

Avec ce récit du baptême de Jésus, nous achevons un long cycle – depuis début décembre à vrai dire – qui nous racontait Noël, l’avant et l’après. Nous nous sommes ainsi remis en mémoire tous les événements qui ont précédé la naissance de Jésus, l’Avent : nous nous sommes arrêtés à la crèche bien entendu, nous avons fêté Marie Mère de Dieu et nous avons contemplé la Sainte Famille, sans oublier le côté exotique de la visite des mages à l’Epiphanie. Voici maintenant Jésus déjà adulte, et il vient recevoir le baptême de Jean. Jean-Baptiste, on le sait, était venu rappeler vigoureusement à son peuple la promesse de Dieu faite à Abraham, et il se présentait comme celui qui venait faire le lien, par le baptême qu’il avait mis en place, entre cette ancienne promesse et la nécessité de la renouveler par un plus grand engagement de son peuple. En venant se faire baptiser, Jésus s’inscrit dans cette dynamique, il ne rompt pas le lien mais vient l’incarner vraiment ; Jésus vient faire du nouveau, mais sans rejeter l’ancien, et c’est par la manifestation de l’Esprit Saint que sa mission est authentifiée.

Voilà donc depuis quelques semaines notre foi nourrie, régénérée par cette redécouverte d’un Dieu qui met tout en œuvre pour nous faire participer à Sa vie, en multipliant ses interventions et ses appels dans notre histoire. Mais le temps n’est-il pas venu de nous dire quelle place nous avons dans cette histoire, nous qui avons été baptisés à notre tour, en référence à Jésus ? Oui, je pense qu’avec cet évangile nous sommes sollicités pour passer de la contemplation à l’action : ces belles images, ces beaux moments autour de la crèche ne doivent pas rester passifs, mais puissent-ils nous amener à nous dire : « Maintenant, qu’est-ce que l’Esprit me demande ? J’ai la chance d’avoir été appelé, d’avoir pu approcher le mystère d’un Dieu qui se donne dans notre vie. Comment, dans ma modeste vie, est-ce que je vais chercher à participer davantage à cet appel, sachant que Dieu sera toujours mon conseiller ? » On ne peut pas tout faire tout seul, et bien-sûr les dons de chacun sont variés. Lutter contre les injustices, faire face au défi de l’immigration, ou tout simplement être attentif à mon voisin ou à ma voisine prise par la maladie, rester à l’écoute des enfants qui nous entourent, même s’ils nous paraissent d’une génération si différente... la liste est bien longue de ce qu’il faudrait faire pour que notre monde s’apaise et retrouve la confiance. Mais notre foi est une grâce, et l’Esprit qui nous est donné est à la fois lumière et souffle. Encore faut-il penser à s’arrêter de temps en temps, en se disant que la prière est une pause qui permet non seulement de parler à Dieu, mais aussi de l’écouter.

« Dans le désert, préparez le chemin du Seigneur », nous disait Isaïe dans la première lecture. « Par le bain du baptême, Dieu nous a fait renaître et nous a renouvelés dans l’Esprit Saint », comme saint Paul l’écrit à son ami Tite. Après ces beaux moments de contemplation autour de Noël, il nous est sans doute demandé – c’est du moins la proposition que je vous fais - de faire le point sur notre participation. Il ne s’agit pas de culpabiliser en se disant « est-ce que je n’en fais pas déjà assez, qu’est-ce que je pourrais faire en plus ? », mais de remettre toute notre vie dans le projet de Dieu qui sollicite notre collaboration, et d’écouter ce qu’Il cherche encore à nous dire.
Patrice Maincent, Diacre
 
 
Pour préparer la fête de la Toussaint 2024 : 
 
Octobre 2024 :  Un nouvel onglet ?

Dimanche dernier les lectures proposées dans la liturgie posaient bien des questions !
Marie Maincent nous a ouvert des pistes : Merci de nous avoir transmis son homélie que nous reproduisons ici intégralement . 

Chers amis,

Nous venons de l'entendre, ce dimanche met la création de l'univers et les relations entre l'homme et la femme au cœur des lectures. Si la 1ère lecture et l'Évangile sont en lien étroit, je m'attarderai davantage sur le récit de Genèse 2.
Il y est beaucoup question d'ADAM,
Vous me direz : " ADAM, oui, on connaît. "
Est-ce que c'est encore nécessaire de le présenter ?

Eh bien, ma réponse est OUI.
Pourquoi ?
Pour éviter les confusions qui mènent à des contresens qui ont parfois la vie dure !
Il existe 2 récits de création et, pour que les choses soient claires, il nous faut faire un petit pas en arrière pour resituer le 1er récit.

1.    1ère
clarification :
il s'agit de ADAM, un prénom qui, en réalité, n'en est pas UN.
ADAM est mot hébreu,  c'est un nom COMMUN qui vient de ADAMA  qui signifie la Terre, le sol, la glaise.
L'ADAM c'est donc un HUMAIN  en général, un HUMAIN tiré de la terre  que "Dieu créa à son image, mâle et femelle il les créa " nous dit le 1er chapitre au v 27. On comprend que l'humain apparaît ici composé de deux versants, deux côtés, l'un masculin, l'autre féminin.
Or, en français, le mot homme est un mot piégé puisque qu'il peut être compris comme un être humain en général, mais aussi comme un être masculin.
Pour éviter la confusion, je n'emploierai donc pas le mot HOMME. Je parlerai de l'HUMAIN
    1ère clarification : premier enseignement,
le féminin est créé par Dieu en même temps que le masculin.
Le féminin fait partie de la Création dès l'origine, mais à l'époque, dans une période très patriarcale, c'était une pensée plutôt originale.
Pour autant, aujourd'hui, l'argument qui sert à souligner l'infériorité de la femme parce qu'elle aurait été créée après l'homme est encore entendu mais il est faux. Cet argument avancé par des ignorants est d'autant plus malhonnête qu'il sous-entend que c'est dans le plan de Dieu.
Nous arrivons au texte d'aujourd'hui qui appelle une 2ème clarification :
Dans ce chapitre 2, Dieu change le mode de fabrication.
Ce n'est pas à partir de la terre que Dieu va faire quelque chose. Dieu part de l'ADAM, de l'HUMAIN.
Mais pas dans n'importe quelle condition.

2.    2ème clarification :
l'HUMAIN est endormi.
V 21 : " Dieu fit tomber sur lui un sommeil mystérieux et l'ADAM s'endormit. "
Dieu procède à partir de l'ADAM, l'HUMAIN, qu'il plonge dans une torpeur, un sommeil mystérieux qui serait pareil à un coma artificiel.
Dans la Bible, tous les mots sont importants. Que signifie ce sommeil ?
Il signifie que seul Dieu agit. On pourrait faire le parallèle avec le chirurgien qui opère un patient qui, lui, ne se souvient de rien au réveil.
l'ADAM, parce qu'il est mystérieusement endormi, ne participe pas à sa propre création, ni à celle de la femme. C'est Dieu qui est à la manœuvre.
L'HUMAIN sort d'une espèce d'indifférenciation. L'HUMAIN qui était d'abord unique, (Gn 1) devient pluriel, deux êtres distincts, deux personnes comme la condition indispensable pour que ces personnes entrent en relation.
    2ème clarification : 2ème enseignement,
Endormi, l'ADAM n'est pour rien dans la création de la femme, ce qui signifie qu'il n'a aucun pouvoir sur la femme qui n'est son objet, sa propriété.
La différence des sexes s'établit dans une ignorance, une inconnaissance des deux moitiés comme si ce sommeil protégeait l'un et l'autre d'une surpuissance, d'une domination, d'une possession. On pense ici à la terrible actualité des femmes afghanes et iranniennes. Sans aller si loin, pensons aussi à ces féminicides tragiques dont les média nous parlent, ici en France.

Poursuivons le texte, et nous rencontrons une difficulté supplémentaire :
En effet, il y a un os dans la traduction, c'est le cas de le dire !

3.    3e clarification :
pour en finir avec la côte d'ADAM
Le document primitif de la Bible a été rédigé en hébreu qui emploie le mot tséla qui signifie d'abord le côté, le flanc.
Dans la traduction grecque qui a suivi et qu'on appelle la Septante, ce mot hébreu est traduit par pleura, un mot qui désigne toujours un côté et non pas une côte. Hélas, dans la traduction latine de la Bible -la Vulgate-, St Jérôme a traduit le mot par côte et malheureusement la majorité des Bibles actuelles ont gardé cette traduction inexacte.
Toutes les fois où ce mot est employé dans l’Écriture, il désigne toujours le côté. Exemple : le côté de l’arche de l’alliance (Ex. 25.12) ; l’autre versant de la colline (2 Sm 16.13), le second côté du tabernacle (Ex. 26.20). « tséla » désigne le côté de quelque chose.
De ce sommeil sortent deux êtres complémentaires -Isha et Ish en hébreu-, un femme et un homme appelés à marcher côte-à-côte.
Les noms Isha et Ish apparaissent lorsque l'un et l'autre se rencontrent.
l'Humain ne devient un homme et une femme qu'au moment où s'établit entre eux la relation, au moment où une parole se dit et s'échange.
    3e clarification : 3e enseignement,
À partir de ce flanc, de ce côté de l'HUMAIN, Dieu va bâtir, va façonner la femme pour que l'un et l'autre fasse route ensemble. L'homme a désormais un ezer en hébreu, que la Bible traduit maladroitement par une aide qui lui soit assortie quand le mot devrait être traduit littéralement par un alter ego, un vis-à-vis, le mot aide prêtant à des clichés vexants pour la femme.
C'est en tout cas le projet de Dieu au commencement de la création comme le rappelle Jésus dans l'Évangile et il faut croire qu'à son époque, le divorce était déjà un sujet de conversation. " Est-il permis à un mari de renvoyer sa femme ? " lui demandent les Pharisiens.
Bien sûr les Pharisiens cherchent à mettre Jésus à l’épreuve mais lui ne veut pas tomber dans le piège du permis/défendu. Il recentre la question, non pas sur la discipline, le juridique, la règle, mais sur un idéal qui unit l’homme et la femme " depuis le commencement ". Il invite à revenir au désir, au plan, au projet de Dieu. En reprenant le texte de la Genèse, Jésus ne veut pas d’abord souligner l’obligation morale qu’ont les époux de demeurer ensemble toute leur vie, mais, en redisant que l’homme et la femme ne font plus qu’un, Jésus souligne, outre la sexualité du couple qui est une richesse, une chose bonne, Jésus met en avant sa dimension spirituelle. En portant atteinte à l’unité du couple, les séparations portent atteinte à l’image de Dieu tel qu’il voudrait se faire connaître à l'humanité.
En faisant des couples ses collaborateurs directs pour le faire connaître, le représenter, même imparfaitement, somme toute Dieu accepte de courir le risque d'être déçu par nous.

Que cette Eucharistie soit l'occasion de rendre grâce à Dieu pour cette dignité qu'il reconnaît au couple et à tous les chrétiens de le représenter. Devant nos fractures, devant nos échecs, rendons-lui grâce de ne jamais se lasser de nous renouveler sa confiance.
Ainsi soit-il.
Marie Maincent,
dimanche 6 octobre 2024.