24 janvier 2015

Edito, feuille verte de février

    Dans l’avion qui le conduisait à Manille, le pape François était interrogé par un journaliste français qui lui demandait comment concilier la liberté religieuse et la liberté d’expression. Le pape a répondu en deux temps. Il a d’abord parlé de la liberté religieuse en réaffirmant avec insistance que « tuer au nom de Dieu est une aberration ». Abordant ensuite la question de la liberté d’expression, il a affirmé que celle-ci n’était pas seulement un droit mais un devoir. Dans une démocratie, « dire ce que l’on pense est une obligation »?: « Si un député ou sénateur ne dit pas ce qu’il pense, ce qu’il considère comme la juste voie, il ne sert pas le bien commun ». « Nous avons l’obligation de parler ouvertement ».

    Ensuite il a posé les conditions de cette liberté d’expression : cette obligation doit s’exercer « sans offenser ». Dans le style familier qui le caractérise, il a illustré son propos :  « Si un grand ami dit du mal de ma mère, il doit s’attendre à recevoir un coup de poing ! »

    Avec l’ensemble des catholiques, le pape a ainsi on ne peut plus clairement condamné les attentats, et dit sa solidarité avec les victimes. Mais sa réponse nous permet aussi d’aller plus loin que le temps de l’émotion en traçant un chemin d’avenir pour notre pays, celui d’un véritable dialogue démocratique dans lequel le respect de l’autre sert de guide. Récemment interrogé sur I-télé le Cardinal André Vingt-Trois témoignait de la « capacité de vie commune » que peuvent susciter les catholiques, et qui commence par le fait d’assurer à chacun qu’il a le droit d’avoir des convictions religieuses différentes. On le sait, le Cardinal Vingt-Trois a été, parmi d’autres, copieusement insulté par Charlie hebdo. Le journaliste, lui montrant une couverture particulièrement odieuse, semblait surpris de son absence de colère et s’étonnait de cette capacité montrée par les chrétiens à rester serein devant les attaques dont ils faisaient si souvent l’objet. Le cardinal donnait cette réponse simple « Sans doute parce que nous essayons de vivre l’Evangile ».

    Cette sérénité doit s’accompagner d’une détermination à faire entendre notre point de vue sur le climat de respect que demande une véritable démocratie. La laïcité enseignée comme une religion, la politesse exigée des enfants par ceux qui défendent la liberté d’insulter, la notion de « République » invoquée comme une réalité parfaite, immaculée et immuable, sont autant de contradictions sur lesquelles le pays a besoin de la contribution des chrétiens pour avancer. Je laisse le dernier mot au Cardinal Vingt-Trois : « Demandons à Dieu la grâce d’être des artisans de paix. Il ne faut jamais désespérer de la paix, si on construit la justice. »

Père Jean Baptiste Masson, Curé